mercredi 31 juillet 2013

Bonifacio Pili Pili (en français)



           Bonifacio Pili Pili 
           (Oscar Saenz Omar)
(Monologue d'après les méfaits du tabac d'Anton Chekhov)


(Entrant en criant dans la salle par la porte principale Bonifacio fait son entrée ahurit avec tous ses bagages directement de l’aéroport.......)

Excusez-moi pour le retard, excusez-moi, petit problème, petit retard, petit avion, petit terroriste, et BOUMMM petite explosion ! Mais ne vous inquiétez pas, je suis là, sain et sauf content d’être là parmi vous !

(S' installe sur le plateau de la salle du théâtre devant un oratoire)
Bonjour à tous je me présente, je suis le Docteur Bonifacio Pili-Pili et j'arrive directement de mon pays invité spécialement par votre association qui lutte contre l’addiction, l'alcoolisme, les tranquillisants, la dépression, etc. etc. mais aujourd’hui nous allons nous concentrer sur le danger que peut être le tabac. Je suis très content parce que ça m'offre l’opportunité de connaître votre pays, (confidentiel au public) et surtout je vais me reposer de ma femme, parce que c'est elle la responsable de mes problèmes, elle m'a poussé à faire mes premiers pas en politique.
Ahhh ma femme, je l’appelle « La Chata » ça veut dire « la naine » parce qu'elle fait un mètre 46 à tout casser, talons aiguilles compris, en fait j'ai une famille là-bas ha mais oui ! Trois filles et un garçon, lui il s'appelle comme moi, Bonifacio n'est-ce pas un beau et merveilleux prénom ? Ils sont adorables, nous vivons à Chiriquiquiqui, un très joli pays, avec ses lacs, ses montagnes,...Un pays vraiment super...Il a aussi ses......( quelqu’un lui rappelle la conférence) Ah oui..excuse-moi la conférence, ne sortons pas du thème messieurs, mesdames, le tabac.........Le tabac est très dangereux parce qu'il contient..... De la NICOTINE ! (Il dit cela comme ci c’était la nouvelle du siècle) C'est comme ça messieurs, Dames surprenant Non !........continuons..Il y a sur le marché deux sortes de tabac : le brun et le blond..... Ah le blond …....ou la blonde ( avec les yeux pétillants et sur un ton confidentiel et de complicité avec le public) Ahhhh les blondes sachez que j'ai une certaine faiblesse pour les blondes, mais pour les vrais blondes avec leurs cheveux de la couleur du blé et du soleil de midi en plein été, vraiment c'est un régal pour les yeux Ahhhh comme j’aimerais bien connaître la côte d'azur (rêveur il se déplace sur la scène comme s'il était sur la plage) et voir des blondes par-ci et des blondes par-là, voir le soleil qui bronze leur peau....Ahhh quel délice...des petits culs par-ci, des petits culs par-là....je m'imagine être le seul garçon sur la plage, que toutes les femmes s'approchent de moi et me susurrent à l'oreille d'un ton sensuel et confidentiel :....Je vous aime....Voulez-vous coucher avec moi ce soir...mmm ouille.....
Ça c'est la vie ! Je répondrais je ne sais pas..... je ne sais pas, je ne peux pas choisir pour le moment, imaginez quel embarras....Bien ! Fais la queue comme tout le monde !

Alors je me sens le Don Juan d’Amérique latine, je me sens le chouchou de toutes ces dames , cent, trois-cent-mille. Un million qui attendent !!!
Je leurs dis, à moi femmes ! Femmes je vous aime ! Femmes à moi ! Des blanches, des métisses, des rousses, des rouges, des vertes, des mures et des pas mures, des pourries ou des jaunes.TOUTES A MOIIIII !!!!

(hors de lui il fait comme si quelqu'un de l'assistance rappelle son attention, Bonifacio revient à lui perturbé)

Ah oui...Ah oui, le tabac comme je vous le disais mesdames, messieurs la cigarette est dangereuse pour la santé, ici en France selon la loi du neuf Juillet 1976 ........( pour lui même) Soixante seize.... soixante seize..... soixante seize, ça me rappelle quelque chose cette date, cette date.....(se souvenant)Ah oui ! (mystérieux), me croyiez-vous si je vous dis que je me suis présenté aux élections de mon pays, juste cette année là ?.....Je ne mens pas messieurs je ne mens pas.
..J'avais préparé mon discours avec cette voix forte et merveilleuse qui me caractérise....J'avais commencé comme ceci :

Mesdames, Messieurs, Peuple...Mon Peuple !
Je me présente à ces élections parce que je suis conscient de mon devoir de bon citoyen, je me présente comme le seul, l'unique qui puisse faire opposition à l'opposition, soyons réellement francs, et dites moi : Que vous promettent les autres candidats ? Ce sont des promesses de la facilité, des téléviseurs, des frigidaires...Maintenant je me pose la question et je vous la pose aussi : Pourquoi tout ça ?..... Pourquoi faire un téléviseur ? Pour voir tous les jours des publicités, des articles commerciaux que nous ne pouvons pas acheter pour leur prix élevé et pour regarder des télé-réalités ou les femmes n'ont rien d'autre à faire que de montrer leurs culs. Je vous demande pourquoi mesdames un frigidaire ? Avec le salaire que nous gagnons, nous ne pouvons pas le remplir, et en plus nous ne pouvons payer les mensualités . Non !
Je vous dis Non ! Soyons réalistes, je vous offre le plus simple et le plus nécessaire, je vous offre de la nourriture, autant pour le corps que pour l'âme..........Je vous offre mon cher peuple.....Des écoles ! Oui des écoles pour sortir de votre ignorance ! Oui, des écoles, une école dans chaque ville, une école dans chaque quartier, une école dans chaque caserne, une école dans chaque coin, une école dans chaque maison, une école dans chaque........École !!!......(silencieux en attendant les applaudissements, parle au public) Quand je finis de dire ça les gens émus commencent à crier Bonifacio, Bonifacio Député ! Je les remercie et les larmes aux yeux, je serre les mains,j'embrasse les enfants qui m' offrent des millions de fleurs......je suis vraiment ému, merci peuple, merci mon peuple (Silence)......
Bientôt je me vois élu député, puis, premier ministre, le pays m’acclame, j'entre à l’assemblée entre les applaudissements et les acclamations ;
Vive Bonifacio ! Vive Bonifacio !.......puis, un journaliste me demande la parole, je lui la donne, à ce moment un silence absolu se fait dans la salle....Il me demande sans préambule : Monsieur le Ministre maintenant que vous êtes Premier ministre quand et comment allez-vous commencer votre programme promis pendant la campagne électorale ? En le regardant les yeux dans les yeux je lui réponds : QU'EST-CE QUE CA PEUT VOUS FAIRE ! Qui est le Premier ministre vous ou moi ? Il accepte ma sage réponse et se tait, je commence à me sentir grand et puissant.
Un autre, sûrement d'un journal de l'opposition (confidentiel au public) prend la parole,....Ministre, je lui réponds en colère, appelez-moi Monsieur le Premier Ministre ! Quel manque de respect quel écrasement de la raison !
Lui, sûr d'avoir commis une grande faute demande pardon et continue ;
Monsieur le Premier ministre dans votre discours avant les élections vous avez promis une vie meilleure, que pensez vous faire pour réaliser la promesse que vous avez faite au peuple ? Je réponds euphorique devant l'impertinence de cette question :
QUEL PEUPLE !, quel peuple, je n'ai rien promis. Et en tout cas, je suis le peuple, je suis le pays, je suis le pouvoir, il n'y a rien ni personne qui pourra s'opposer.........L'autre voulait répondre.....mais monsieur....Quoi mais, Quoi mais....Taisez-vous ! Je vous retire la parole, votre question est une provocation, vous êtes un terroriste, vous êtes un agent envoyé par un pays étranger, espion, espion........Police à moi, police à moi ! Emmenez-le, torturez-le jusqu'à ce qu'il parle ; Il faut nettoyer notre pays de ces parasites qui le pourrissent !
La salle commence à chauffer, je fais taire tout le monde, il se fait un silence total, timidement quelqu'un me demande la parole......Comme je suis un homme honnête et impartial je lui la prête il me dit....Mon excellence, tout puissant premier ministre......Ça me plaît, il me reconnaît à ma juste valeur.....continuez, continuez gentil homme....Sur la fondation des nouvelles écoles.......Qui a parlé des écoles, Qui ! Pourquoi des écoles ? Pour que les indiens apprennent à lire et à écrire pour se soulever contre nous, non, non, non et non ! Nous ne pouvons pas dépenser de l'argent pour les écoles nous devons économiser pour pouvoir défendre notre pays des futures attaques des pays étrangers et pourquoi ne pas dire, pour mieux armer notre police anti-guerrilléros.
Oui messieurs nous avons besoin d'une caserne dans chaque ville, une caserne dans chaque quartier, une caserne dans chaque école, une caserne dans chaque coin, une caserne dans chaque maison, une caserne dans chaque.....Caserne !
L’assemblée devant l’éloquence de mon discours, se lève et m'applaudit, jusqu'à l'opposition qui me faisait opposition, ne s’oppose plus ! C'est la gloire, le sommet de ma carrière politique, de nouveau je prépare ma campagne électorale, discours, visites aux marchés, dans les hôpitaux là où j'ai embrassé les infirmières...miam miam, imaginez : J'AI MEME EMBRASSE LES MALADES !!! Tout ça avec une seule raison.....me présenter aux élections présidentielles, et je l'ai fait ;
J’étais sûr de gagner, mais juste, juste un jour avant les élections.........
COUP D 'ETAT MERDE !!! Les militaires ont pris le pouvoir et vu ma grande capacité d'orateur, m’envoyèrent faire des conférences dans le monde entier, c'est pour ça que je suis ici, pour faire une conférence sur......( il commence à ramasser toutes les notes tombées par terre, ne trouvant plus dans sa tête le titre de sa conférence, désespéré il allume une cigarette qu'il aspire profondément) je ne me souviens plus du sujet, c'était...
( il regarde la cigarette qu'il tient à la main, sent que tout le public le regarde, et il la jette nerveusement).
Ah oui,.... comme je vous le disais il y a quelques instants....Je suis ici pour parler des méfaits du tabac.(rideau ou noir).
                                                                  Rennes 1989 et 2013.


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